Rien n'est plus fort qu'une idée dont l'heure est venue.
Victor Hugo
De l'idée à la consécration de la nouvelle Loge « Bon Accord » N° 41
Dans les années 1955-56, quelques frères de la “Loge zur Hoffnung” N° 7 se réunirent pour étudier et évaluer le projet de fondation d’une nouvelle Loge à l’Orient de Berne. Cette nouvelle loge ne devait toutefois pas fonctionner selon le rite bien connu appelé “Schröder”, comme le font la plupart des loges de Suisse alémanique, mais selon le rite anglais ancien nommé “Emulation”.
Les frères mentionnés avaient alors séjourné pendant de nombreuses années à l’étranger, en particulier en Extrême-Orient et en Angleterre, et étaient familiarisés avec le rite Emulation grâce à leurs activités en loge.
Ce fait constituait une bonne base pour introduire à Berne un rite jusqu’alors inconnu. Grâce à la bonne volonté mutuelle, à la compréhension réciproque ainsi qu’à la mise en pratique de la tolérance maçonnique, les bases de la fondation de la Loge “Bon Accord” N° 41 ont pu être posées. Les raisons qui ont conduit à une nouvelle orientation étaient multiples.
Nous en mentionnerons brièvement quelques-unes :
Le nombre de membres de la “Loge zur Hoffnung” N° 7 était à l’époque, avec environ 190 frères, trop important pour pouvoir entretenir des contacts avec tous les membres.
Du point de vue de l’épanouissement maçonnique, on voulait aussi offrir aux jeunes frères la possibilité d’occuper un office ou même de tenir un jour le premier maillet en tant que “Vénérable Maître en Chaire”.
Dans le rite “Emulation” anglais, dont la progression des officiers est strictement hiérarchisée, cette possibilité existe. En donnant à chaque frère la chance de commencer au niveau le plus bas, celui du “Gardien Extérieur”, et de progresser jusqu’au “Vénérable Maître en Chaire”, on remédie en même temps à la passivité au sein de la confrérie.
On a également perçu ici la possibilité de minimiser les activités associatives, tandis que la priorité absolue est donnée au travail maçonnique, c’est-à-dire à l’éducation et à la formation rituelles et symboliques dans le temple, au sein au sein du Rite Emulation.
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Enfin, le 18 mai 1956, la Loge “Bon Accord” N° 41, travaillant au rite Emulation, a été fondée avec 25 frères, dont 21 venant de la “Loge zur Hoffnung” N° 7. Afin de témoigner notre respect et notre estime à ces frères qui, en tant que membres fondateurs, ont fait preuve de beaucoup de courage, de diplomatie, d’optimisme, de confiance, mais aussi d’une volonté de fer, la liste de leurs noms est jointe en bonne et due forme à l’ouvrage fondateur.
Le 26 juin 1956, la nouvelle association maçonnique a été officiellement annoncée. Il s’agissait ensuite d’élaborer les bases matérielles. Des finances étaient nécessaires pour acquérir les fournitures du temple et les regalia des officiers. Il fallait aussi élaborer des statuts et traduire les rituels de l’anglais en allemand.
Lors de l’assemblée des délégués de la Grande Loge Suisse “Alpina” des 11 et 12 mai 1957, la reconnaissance de la nouvelle Loge en tant que membre n° 41 de l’obédience a eu lieu. Lors de la consécration et de l’allumage des feux de la Loge “Bon Accord” N° 41, le 26 octobre 1957, non seulement 214 frères de toute la Suisse s’étaient déplacés, mais le Collège des Grands Officiers de la GLSA, sous la direction du très vénérable Grand Maître, était venu in corpore. Ce moment fort devait être compris comme une heure de gloire inédite, émouvante et joyeuse pour tous les francs-maçons présents à l’époque, et il est encore considéré aujourd’hui comme un héritage obligé pour les générations futures.
L’origine du nom et de l’insigne de la Loge “Bon Accord” N° 41 résulte des armoiries de la ville d’Aberdeen, la ville natale de l’un des membres fondateurs. Il se compose de trois tours blanches sur fond bleu avec la devise “Bon Accord” intégrée. Par la suite, les armoiries ont été complétées par une équerre et un compas, et la devise a été reprise comme nom de la nouvelle loge. Au sens figuré, “Bon Accord” ne signifie rien d’autre que concorde, harmonie ou bon esprit.
Consolidation et développement de la loge « Bon Accord »
La brochure publiée à l’occasion du 25e anniversaire de la loge “Bon Accord” nous apprend qu’après plusieurs déménagements, nous avons finalement pu travailler avec la loge mère dans les mêmes locaux, d’abord à la Bogenschützenstrasse puis, à partir de 1966, à la Brunngasse à Berne. Cela a contribué de manière déterminante à développer et à renforcer les anciennes et précieuses relations avec les frères de la “Loge zur Hoffnung”.
Depuis 2018, la Loge Bon Accord travaille à la Schwarztorstrasse à Berne.
Comme la régularité des différentes loges, mais aussi de la Grande Loge “Alpina”, n’était pas encore aussi solidement ancrée à cette époque qu’elle ne l’est aujourd’hui, il a fallu un peu plus de temps pour être reconnu et respecté dans le milieu maçonnique. De plus, l’esprit qui régnait alors dans la franc-maçonnerie était différent de celui d’aujourd’hui et montrait moins de compréhension pour les changements de direction et pour la progression persévérante sur de nouvelles voies. Mais la nouvelle Loge “Bon Accord” N° 41 a pu se développer de manière continue et prospérer dans ses effectifs, qui atteignaient 54 membres en 1982. Elle s’est développée grâce à de nombreuses contraintes et épreuves extérieures et en est ressortie mûrie, renforcée et consolidée.
Le rite Emulation, le travail sincère et déterminé, la rectitude de l’attitude vis-à-vis des principes de la franc-maçonnerie et, enfin, le strict respect de la constitution de la GLSA ont rapidement porté leurs fruits, la jeune loge devenant un membre fort, fidèle et fiable de l’obédience.
Aujourd’hui, en 2023, la loge compte environ 40 membres.
En tant que petite loge à caractère familial et intime, nous avons renforcé le lien d’amitié qui unit nos cœurs au rythme des travaux rituels, en progressant ensemble dans nos vécus communautaires vers une réflexion commune sur notre raison d’être.
Au fil des ans, le nom “Bon Accord” s’est également confirmé dans son sens spirituel et a fait ses preuves en tant que promesse pour l’avenir. Le système hiérarchique du rite Emulation y a largement contribué. De nombreux frères ont grandi et mûri grâce aux tâches et devoirs qui leur ont été confiés très tôt, en devenant des personnalités confiantes et conscientes de leurs responsabilités. Ils ont ainsi su préserver la force nécessaire pour poursuivre leur aspiration individuelle vers le centre de leur être.
